La presse romande dénonce un lynchage médiatique Outre-Sarine
Revue de presse - 20 janvier 2010
Berne (ats) Si Claude Béglé a dû quitter la tête de La Poste, c’est notamment qu’il a pêché par excès de témérité alors que sa fonction exigeait de la retenue, analyse mercredi la presse romande. Cette dernière dénonce toutefois une campagne de dénigrement orchestrée Outre-Sarine contre le président du Conseil d’administration.
« Un président du Conseil d’administration qui expose sur la place publique des options stratégiques, mouche ses directeurs, critique ses prédécesseurs et étale ses visions comme le consultant qui cherche un nouveau job finit par se brûler les ailes », note l’éditorialiste du quotidien Le Temps.
« Qui plus est, peut-être, lorsque ce président est Romand, bouscule les préfets et ignore les réserves qu’il convient d’avoir dans un Etat fédéraliste », ajoute- t-il.
A ses yeux, la démission de Claude Béglé était donc prévisible en raison de « ses déclarations intempestives et sa manie de vouloir se mettre en évidence alors qu’il n’avait encore rien prouvé ».
« A qui profite le crime ? »
L’Express, L’Impartial et Le Nouvelliste, abondent dans ce sens dans leur editorial commun : « le Vaudois a été victime de son goût du pouvoir, qui l’a conduit à négliger la culture suisse du consensus ».
Pour eux, si le président du Conseil d’administration a jetté l’éponge, c’est avant tout en raison des dernières révélations concernant un mandat qu’il avait accepté en Inde parallèlement à sa fonction à la tête du géant jaune. « Pourtant, force est de constater que la campagne de dénigrement qui a provoqué sa démission est bien antérieure à ses informations », souligne l’éditorialiste.
Celle-ci s’interroge : « A qui profite le crime ? ». Et de soulever pour pistes une campagne deguisée contre le conseiller fédéral Moritz Leuenberger, les intérêts de la vieille garde de La Poste ainsi qu’une collusion antiromande.
« Lâché aux hyènes »
De son côté, 24 heures se montre catégorique : la démission de Claude Béglé constitue « un authentique scandale, une affaire d’Etat qui laissera des traces profondes ». Plus concrètement, elle est « un révélateur effrayant de la faiblesse du Conseil fédéral et de la toute-puissance d’une coterie de hauts fonctionnaires à la botte desquels la presse dominicale alémanique a accompli un efficace travail de saboteur ».
Très virulent sur ce point, le quotidien vaudois dénonce une « cabale menée depuis l’intérieur de l’administration par des rivaux aux desseins contrariés ». Face à elle, « le Conseil fédéral a laissé son hommes aux hyènes », s’insurge-t- il.
« Claude Béglé avait une dernière tare : c’est un Romand qui n’a pas ses entrées en Suisse alémanique ». Même sans faille, il était cuit, cible privilégiée d’un petit monde qui préfère la consanguinité à la remise en question ».
Critiques acerbes Outre-Sarine
Même son de cloche dans la Tribune de Genève, pour qui la presse dominicale alémanique peut désormais « sabrer le champagne » après « un véritable lynchage médiatique ». « Que Claude Béglé se soit comporté comme un éléphant dans un magasin de porcelaine, personne ne le conteste. Qu’il soit abattu d’une balle entre les deux yeux pour des questions de forme : c’est cher payé » déplore le journal.
Dans la presse alémanique, les critiques contre Claude Béglé sont toujours acerbes mercredi : Le Tages-Anzeiger et le Bund estiment notamment qu’il s’agissait de la mauvaise personne pour occuper un tel poste puisque sa personnalité ne correspondait pas à la culture de l’entreprise.
Pour le Blick Online, le patron de La Poste « n’a jamais été capable de bien cerner, et encore moins d’accomplir, son rôle et ses devoirs dans sa fonction étatique ». Sa démission « aurait dû avoir lieu plus tôt et est une bonne chose », note pour sa part la Basler-Zeitung.
De manière presque unanimes, les journaux d’Outre-Sarine critiquent également le choix de Moritz Leuenberger, qui s’est selon eux « laissé éblouir » par Claude Béglé et n’a pas su entendre les avertissements des certains fonctionnaires de La Poste.